22 juin 2026

Rapport d’activité 2025 : garantir le droit de comprendre pour permettre l’accès aux droits des personnes exilées non francophones

À l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés, ISM Interprétariat publie son rapport d’activité 2025.

Dans un contexte marqué par des crises internationales persistantes et l’évolution des parcours migratoires, le rapport met en lumière un enjeu essentiel : garantir le droit de comprendre et d’être compris. Car derrière chaque consultation médicale, chaque entretien social, chaque audience judiciaire ou chaque démarche administrative, une même condition détermine l’accès effectif aux droits : la compréhension. Sans elle, l’accès aux soins, à la justice ou à la protection reste partiel, fragile, parfois impossible.

2025 : une mobilisation quotidienne au service de l’accès aux droits

En 2025, les équipes d’ISM Interprétariat ont réalisé près de 478 000 interprétariats partout en France, soit plus de 1 900 interventions par jour ouvré.

Derrière ces chiffres se dessine une réalité très concrète : des milliers de situations où comprendre permet de se soigner, demander l’asile, faire valoir un droit, accomplir une démarche administrative ou être entendu dans un moment décisif de sa vie.

Cette activité s’inscrit dans un contexte de forte diversité linguistique. Parmi les langues les plus sollicitées, tous types d’interprétariats confondus, figurent notamment l’arabe du Maghreb, le pashto, l’anglais, le bengali et l’arabe du Soudan. Dans ces situations souvent complexes et sensibles, les interprètes professionnels garantissent les conditions d’une compréhension mutuelle fiable entre les personnes allophones et les professionnels.

« La compréhension n’est pas un service accessoire : elle est une condition du fonctionnement des institutions et de l’effectivité des droits. Dans un monde traversé par des tensions multiples, notre engagement reste inchangé : permettre à chaque personne de comprendre et d’être comprise. Car sans compréhension, il n’y a pas d’égalité réelle. Et sans égalité réelle, il n’y a pas de droits effectifs. »

— Hamou BOUAKKAZ, Président d’ISM Interprétariat et Aziz TABOURI, Directeur général d’ISM Interprétariat.

Cette mission repose sur l’engagement quotidien, l’expertise et l’écoute des interprètes, traductrices et traducteurs, écrivains publics et équipes support.

Quelques repères pour mesurer cette mobilisation en 2025 :

  • 📞 Plus de 400 000 interprétariats par téléphone
  • 🧍 Près de 76 000 interprétariats en présentiel
  • 💻 Près de 1 000 interprétariats par visioconférence
  • 🖋️ Plus de 2 400 permanences d’écrivains publics
  • 📄 Plus de 26 500 pages traduites

Santé : peut-on soigner, se faire soigner, sans comprendre ?

Avec plus de 167 000 interprétariats réalisés, la santé représente à elle seule 35 % de l’activité d’ISM Interprétariat. En 2025, les cinq langues les plus sollicitées dans le domaine de la santé sont l’arabe du Maghreb, le bengali, le géorgien, le tamoul et le pashto.

Des services d’urgences à la médecine de ville, en passant par les maternités, la psychiatrie ou les permanences d’accès aux soins (PASS), l’interprétariat professionnel contribue à sécuriser les diagnostics, faciliter l’adhésion aux traitements et garantir le respect des droits des patients allophones.

« L’interrogatoire en médecine, il est super important. Il permet de recueillir peut-être 80% des éléments qui permettent de construire des hypothèses de diagnostic. […] Quand on a un interprète, ça permet de gagner du temps, d’avoir une prise en charge beaucoup plus qualitative, de se diriger très vite vers le bon diagnostic. »

– U.L., médecin généraliste

L’association assure également une continuité du service d’interprétariat par téléphone, 24h/24 et 7j/7. En 2025, près de 15 000 interprétariats téléphoniques de nuit ont ainsi été réalisés. Si la Préfecture de Police de Paris et la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) figurent parmi les principaux partenaires mobilisant le service d’interprétariat par téléphone la nuit, les services d’urgences hospitalières en France y ont également largement recours, notamment dans des contextes médicaux, psychiatriques, obstétricaux ou de réanimation.

« Chaque appel demande une adaptation immédiate : poser des questions, ralentir, reformuler pour le professionnel ou pour la personne allophone. Parce que l’enjeu n’est pas seulement de traduire des mots, mais de rendre une situation intelligible dans l’urgence. Et émotionnellement, c’est très fort : il peut y avoir des pleurs, des récits de détresse, puis juste après un autre appel totalement différent. Il faut apprendre à tenir dans cette succession, sans jamais perdre le fil. »

— Oana, interprète en roumain et en anglais.

Dans l’ensemble de ces domaines et de ces situations, l’interprétariat professionnel en santé devient un véritable outil de soin indirect, en facilitant la relation thérapeutique et en rétablissant les conditions du dialogue entre les patients allophones et les professionnels de santé.

Pour accompagner les soignants, l’Observatoire d’ISM Interprétariat a ainsi publié en avril 2025 un guide pratique disponible gratuitement : « Coopérer avec un.e interprète professionnel.le ? Pour quoi faire ? ».

Asile : permettre l’expression et la compréhension des parcours d’exil

En 2025, près de 141 500 interprétariats ont été réalisés dans le domaine de l’asile, représentant près de 30 % de l’activité globale de l’association. 10 352 interprétariats ont été réalisés dans le cadre de la territorialisation de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), pleinement déployée en 2025.

Les langues les plus mobilisées sont le pashto, l’arabe du Soudan, le lingala, le dari et le somali, reflétant les principales trajectoires des demandeurs d’asile en France. Dans les DROM (Départements et régions d’outre-mer), les interprètes du pôle asile en présentiel s’adaptent à des besoins linguistiques spécifiques — notamment en créole haïtien, espagnol, arabe du Moyen-Orient, mandarin, ourdou, tamoul, farsi, swahili, anglais ou bengali — indispensables pour garantir l’accès aux droits fondamentaux.

Les interprètes interviennent à chaque étape du parcours : pré-enregistrement des demandes d’asile, domiciliation, hébergement en CADA ou HUDA, entretiens à l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), audiences à la CNDA et suivi administratif.

« [En consultation psychologique avec des demandeurs d’asile originaires du Soudan], les récits sont très marqués par la guerre, les violences, l’exil et les conditions de vie en France. Cette accumulation la parole parfois difficile à formuler ; elle peut devenir fragmentée ou retenue. Le parcours d’exil influence profondément la manière dont la souffrance est exprimée. Pour certaines personnes, notamment celles qui ont été peu ou pas scolarisées, mettre des émotions ou des expériences complexes en mots peut déjà être difficile en soi. Le langage de la santé mentale n’est pas toujours familier, même dans leur langue maternelle. »

– Aalia, interprète en arabe du Soudan et du Moyen-Orient.

Le rapport met également en lumière l’importance du récit de vie, cœur du parcours d’asile. La qualité de la traduction écrite et de l’interprétariat joue alors un rôle déterminant pour garantir la compréhension des situations et la continuité des procédures.

« Restituer des expériences traumatiques ou intimes requiert une exigence éthique élevée. Je m’attache à respecter les propos du narrateur sans atténuation ni amplification, en conservant sa voix propre, y compris ses répétitions et hésitations. L’objectif est de garantir la compréhension pour le travailleur social, l’OFPRA et la CNDA, tout en respectant la singularité du récit. »

– Dr A., interprète et traducteur en arabe, PhD en sciences du langage.

Cette exigence se retrouve également dans les entretiens d’évaluation de minorité destinés aux mineurs non accompagnés (MNA), l’interprétariat par visioconférence permet de restituer avec précision des parcours migratoires complexes et souvent sensibles.

En parallèle, les évolutions du droit d’asile, les parcours d’intégration ou encore les enjeux spécifiques rencontrés par certains publics ont continué d’alimenter les travaux du Programme 3D de l’Observatoire d’ISM Interprétariat.

Professionnaliser le métier d’interprète

Garantir la qualité des interventions suppose également de renforcer les compétences des professionnels qui les réalisent. Les interprètes ne se contentent pas de traduire des mots : leur connaissance des réalités de leurs pays d’origine et du fonctionnement des services publics français leur permet de comprendre les contextes culturels et sociaux de leurs interlocuteurs, ainsi que les symboliques attachées par exemple à la naissance, la maladie ou la mort, et d’adapter leur posture selon la situation.

Depuis sa création, ISM Interprétariat œuvre à la reconnaissance et à la professionnalisation du métier d’interprète. Recrutement, évaluations linguistiques, tutorat, accompagnement individualisé, formations et suivi qualité constituent les principaux leviers de cette démarche.

« Recruter un interprète, ce n’est pas seulement évaluer une langue. C’est identifier une capacité à intervenir dans des situations parfois complexes, avec rigueur, écoute et sens des responsabilités. Nous accompagnons les candidats dès le début pour qu’ils comprennent les exigences du métier et puissent s’inscrire durablement dans nos missions. »

— Séverine, responsable du Pôle Recrutement.

En 2025, 58 % des effectifs ont suivi au moins une formation, dont une grande majorité d’interprètes. Pensées au plus près des besoins du terrain, les formations – individuelles et collectives – couvrent des champs variés : santé et social, droit d’asile et droit des étrangers, management, outils professionnels ou encore enjeux interculturels. Parmi les nouvelles actions développées en 2025, l’atelier « Spécificités de l’interprétation en espagnol à l’OFPRA » illustre l’approche globale de l’association.

« Cette formation apporte un éclairage très utile sur la complexité des récits rencontrés en entretien, notamment dans les contextes colombien et vénézuélien. Elle permet aussi de renforcer notre vigilance sur la précision terminologique, le respect strict de la neutralité et la capacité à maintenir une distance professionnelle adaptée face à des situations parfois émotionnellement chargées. »

— Eliot, interprète en espagnol et en portugais.

L’Observatoire d’ISM Interprétariat contribue également à cette dynamique à travers ses séminaires, ses publications, ses rencontres professionnelles et ses actions de sensibilisation destinées aux interprètes comme aux professionnels qui travaillent avec eux.

Développer un réseau de partenaires engagés

En 2025, ISM Interprétariat a poursuivi sa mission de création et de consolidation d’un réseau de partenaires engagés, réunissant institutions publiques, associations, professionnels de santé et acteurs de terrain.

Rencontres, webinaires, ateliers thématiques et journées d’étude permettent de partager les expertises, de favoriser la coordination entre acteurs et d’améliorer concrètement l’accès aux droits et aux soins des personnes allophones. Chaque session ou intervention se traduit par un impact concret : un professionnel mieux outillé, un patient ou un usager compris, une situation complexe dénouée grâce à l’interprétariat professionnel.

Ce réseau ne se résume pas à un ensemble de partenaires, il constitue un écosystème vivant, dans lequel l’expertise d’ISM Interprétariat se déploie et s’enrichit des retours de terrain, afin d’ajuster ses dispositifs et de renforcer la qualité de ses prestations.

« Chaque jour, on apprend à écouter, à percevoir les émotions à travers le ton de la voix. Grâce à l’interprète, on peut comprendre la colère ou la détresse, même sans saisir tous les mots. Ce que j’apprécie le plus, c’est quand l’interprète transmet mon intonation et mon empathie : plus il s’en approche, plus la personne en face peut s’ouvrir. Et c’est exactement l’objectif de l’interprétariat : ouvrir la parole. »

— Témoignage d’une coutante sociale, 115 / Samusocial de Paris, lors d’un webinaire d’information organisé en avril 2025.

L’année 2025 a également été marquée par le lancement de nouveaux dispositifs partenariaux sur le territoire national. C’est par exemple le cas du dispositif d’interprétariat professionnel destiné aux médecins libéraux du Pays de Martigues, développé en partenariat avec les acteurs locaux de santé et lancé en octobre 2025.

Consulter le rapport d’activité 2025

Les activités menées en 2025 témoignent d’une conviction inchangée : l’accès aux droits, aux soins et à la protection passe d’abord par la possibilité de comprendre et d’être compris. Derrière chaque interprétariat, chaque traduction ou chaque accompagnement, ce sont des parcours qui se poursuivent, des décisions qui peuvent être prises et des droits rendus effectifs.

Le rapport d’activité 2025 revient en détail sur les actions menées, les chiffres clés, les témoignages de terrain et les principaux enseignements de l’année.

ISM Interprétariat remercie toutes celles et ceux qui contribuent, chaque jour, à faire vivre notre mission. Vos voix, votre engagement et votre humanité tissent, jour après jour, les fils d’une société plus juste.

 

➡️ Vous souhaitez lire le rapport d’activité en ligne ? Cliquez ici.
➡️ Vous souhaitez télécharger la version PDF du rapport d’activité 2025 ? Merci de faire votre demande en remplissant le formulaire disponible ici.

CTA demande téléchargement RA 2025 ISM Interprétariat