18 juin 2026

Evénement – Retour sur la Journée nationale santé précarité 2026 de la Croix-Rouge française

Journée nationale santé précarité santé mentale des personnes exilées juin 2026 ISM Interprétariat

Vendredi 12 juin 2026, ISM Interprétariat a participé à la Journée nationale santé précarité 2026, organisée par la Croix-Rouge française, en partenariat avec le GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences. Cette édition avait pour thème : « Santé mentale et précarité – satellites, interstices, alliances : l’accompagnement aux marges du soin ». Elle a rassemblé une centaine de professionnels du sanitaire, du social et du médico-social, ainsi que des partenaires associatifs, institutionnels et des étudiants. 

Deux collègues d’ISM Interprétariat sont intervenus : Victor, médiateur, interprète et chef de projet formation, a animé l’atelier « Médiation et interprétariat en santé mentale », tandis qu’Anastasija, chargée de développement, a présenté les missions et activités de l’association auprès des acteurs de terrain, dans le cadre du Village des partenaires.

Comment mieux articuler le soin et le prendre soin pour accompagner les personnes en situation de précarité ?

C’est l’une des deux questions qui a guidé les échanges de la journée. Elle renvoie à la distinction entre le cure, qui désigne le soin médical et curatif, et le care, qui renvoie au prendre soin dans une dimension relationnelle, sociale et globale. Cette articulation apparaît particulièrement essentielle dans les situations de précarité, où les enjeux de santé mentale sont étroitement liés aux conditions de vie, aux ruptures de parcours et à l’isolement.

Les discussions ont également permis d’interroger la notion de « marges du soin », entendues non pas comme des espaces périphériques ou secondaires, mais comme des zones d’entre-deux et de transition. Ces marges sont celles où les parcours de soin ne sont pas stabilisés, où les liens peuvent se fragiliser ou se reconstruire, et où s’inventent aussi de nouvelles formes d’accompagnement. Elles mettent en lumière la continuité entre soin médical, accompagnement social et soutien relationnel.

Les intervenants ont ainsi souligné la nécessité de penser les parcours de soin dans une logique de rétablissement, davantage que de simple guérison ou stabilisation clinique, en tenant compte des trajectoires singulières des personnes accompagnées.

Mieux comprendre les défis liés à la santé mentale

Cette journée a permis d’aborder les enjeux liés à l’accès aux soins en santé mentale ainsi que les liens étroits entre précarité, exclusion et souffrance psychique. Aurélien Troisoeufs (chercheur anthropologue, directeur du laboratoire de sciences humaines et sociales, GHU Paris Psychiatrie et neurosciences) a partagé son expertise lors d’une plénière dédiée à ce sujet.

S’en est suivie une table ronde autour de laquelle les professionnels ont abordé la santé mentale sous plusieurs angles : grande précarité, démarches d’aller-vers, participation des personnes et pair-aidance, place de la santé mentale dans les politiques publiques, et soutien psychologique et social comme levier de lutte contre l’exclusion.

Des réponses innovantes face aux enjeux de santé mentale et de précarité 

Au cours de la journée, cinq dispositifs portés par la Croix-Rouge française et par le Samusocial de Paris ont été présentés :

  • L’Oasis : un espace d’accompagnement et de soutien psychologique pour les personnes exilées en attente de leur entretien de demande d’asile. Il se situé à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne, 94), à quelques mètres de l’OFPRA.
  • Pôle de lutte contre les exclusions des Hauts-de-France : qui place la santé mentale au cœur de ses actions pour accompagner les personnes en grande précarité et favoriser leur accès aux droits et aux soins.
  • Repair Lab : un dispositif mobile de co-réparation d’effets personnels permettant d’identifier les besoins et d’orienter les personnes en situation de vulnérabilité.
  • Premiers secours et santé à base communautaire (PSSBC) : un projet mené en milieu carcéral qui favorise le soutien entre femmes détenues et la prévention en santé mentale.
  • La médiation canine au Samusocial de Paris : un dispositif d’atelier en présence d’un chien, pensé pour créer du lien et soutenir les personnes en situation de précarité.

Médiation et interprétariat : des leviers pour renforcer la relation d’accompagnement

L’après-midi, quatre ateliers étaient proposés aux participants, dont celui co-animé par Victor (médiateur, interprète et chef de projet formation chez ISM Interprétariat) et Elodie Richard (chargée de projet santé prévention précarité à la Croix-Rouge française) : « Médiation et interprétariat en santé mentale ».

Cet atelier interactif a permis aux professionnels de terrain présents de faire le lien entre le métier d’interprète professionnel et celui de médiateur, à travers une dizaine d’affirmations destinées à déconstruire certaines idées reçues. L’objectif était de clarifier deux rôles souvent confondus mais complémentaires : celui de l’interprète, garant de la compréhension, et celui du médiateur, qui s’inscrit dans la continuité d’une consultation ou d’un entretien mené avec un interprète. L’intervenant s’est aussi servi de mises en situation pour permettre aux participants d’entrer dans la peau d’un interprète et d’un médiateur, tout en revenant sur le cadre déontologique qui encadre ces deux fonctions.

L’atelier a rappelé que l’interprétariat professionnel en santé mentale dépasse la simple traduction linguistique et présente encore plus d’enjeux lorsque la barrière de la langue est présente. La langue maternelle occupe ainsi une place majeure dans l’expression des émotions et du vécu des personnes accompagnées. La présence de l’interprète professionnel crée donc les conditions d’une relation thérapeutique basée sur la compréhension mutuelle et la confiance.

La relation entre professionnel de santé, interprète professionnel et médiateur n’est pas toujours simple, et peut parfois être source d’incompréhensions ou de tensions. Les deux intervenants ont insisté sur la collaboration de ces professionnels pour garantir un diagnostic, assurer une prise en charge et un suivi adapté aux personnes allophones.

Village des partenaires : un espace d’échanges autour des acteurs de la santé mentale

Parmi les ateliers, un Village des partenaires a réuni plusieurs acteurs institutionnels, associatifs et opérationnels du champ de la santé mentale et de la précarité (ISM Interprétariat, Caisse nationale de l’Assurance Maladie, Défenseur des droits,3114, Psycom, PSSM France).

Chaque partenaire disposait d’un temps de présentation d’environ dix minutes afin de présenter sa structure, ses missions et ses services auprès des salariés, bénévoles de la Croix-Rouge française et des professionnels de terrain présents. Ces interventions ont permis d’illustrer la diversité des dispositifs mobilisables dans le champ de la santé mentale.

Les participants étaient ensuite invités à poursuivre les échanges sur les stands des différents partenaires, où étaient proposés documentation et outils de sensibilisation.

À cette occasion, Anastasija, chargée de développement, a présenté l’association, ses missions, ses services d’interprétariat ainsi que son expertise dans les domaines de la santé et de la santé mentale. Un stand dédié a également permis de poursuivre les échanges avec les participants autour des enjeux liés à l’interprétariat professionnel dans les parcours de soin.

ISM Interprétariat remercie la Croix-Rouge française et le GHU Paris Psychiatrie & Neurosciences pour l’accueil et l’organisation de cette journée, riche en échanges constructifs autour des enjeux de santé mentale, de précarité et d’interprétariat professionnel.

➡️ En savoir plus sur l’interprétariat professionnel en santé mentale
➡️ (Re)découvrir notre guide pratique pour les soignants
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