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Asile – Les interprètes professionnels : acteurs clés face à l’afflux de demandes d’asile haïtiennes en Guyane
Au cœur du droit d’asile, les interprètes professionnels jouent un rôle décisif : ils et elles rendent possible la compréhension mutuelle entre les personnes exilées et les institutions. Alors que les demandes d’asile haïtiennes explosent en Guyane, leur intervention devient plus que jamais essentielle pour garantir un accès aux droits fondamentaux.
L’interprétariat, un maillon essentiel du droit d’asile
Dans le champ de l’asile, l’interprétariat occupe une place cruciale. Il garantit à chaque personne en quête de protection internationale d’être entendue et comprise dans sa langue, condition indispensable à une procédure juste et équitable. À l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), cette mission prend tout son sens lors de l’entretien personnel, moment clé où se construit la décision d’asile. La présence d’un interprète, prévue par le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, assure la fidélité des propos et la compréhension réciproque entre le demandeur ou la demandeuse et l’agent de l’Office.
En 2024, les interprètes d’ISM Interprétariat ont réalisé plus de 19 000 vacations à l’OFPRA et près de 9 400 à la Cour nationale du droit d’asile (CNDA), couvrant 122 langues différentes. Cette diversité témoigne à la fois des origines multiples des personnes accompagnées et de l’évolution des dynamiques migratoires. Parmi les langues les plus sollicitées — tamoul, lingala, anglais — figure désormais le créole haïtien, dont la demande a augmenté de 172%, en 2024. Cette progression spectaculaire s’explique notamment par l’afflux inédit de demandes d’asile haïtiennes enregistrées en Guyane.
C’est dans ce contexte que s’inscrit l’article suivant, consacré à la situation observée à Cayenne et issu du rapport d’activité 2024 de l’association (page 54).
Interprètes et asile : un rôle central au cœur de la crise haïtienne en Guyane
Suite à la mise en place de mesures de protection pour les ressortissants haïtiens présents sur le territoire français, une augmentation sans précédent du nombre de demandes d’asile déposées par ces personnes a été observée en 2024. Cette accélération reflète directement l’aggravation dramatique de la situation en Haïti : violences généralisées, effondrement des services publics essentiels et insécurité alimentaire aiguë.
Face à cette crise humanitaire et sécuritaire, de nombreuses personnes se réfugient en Guyane, un territoire historiquement marqué par des liens migratoires forts avec Haïti. À Cayenne, les structures d’accueil ont été fortement sollicitées. Le Service de Premier Accueil des Demandeurs d’Asile (SPADA), géré par la Croix-Rouge française, a reçu près de 21 000 demandes en 2024, soit trois fois plus que l’année précédente.
Après l’enregistrement de leur demande, les requérants se présentent à l’OFPRA à Cayenne pour finaliser leur dossier. Le besoin d’interprètes, en particulier en créole d’Haïti, s’est donc accru de manière exponentielle. En 2024, plus de 2 100 interprétariats en présentiel ont été réalisés auprès de l’OFPRA à Cayenne.
Témoignage de terrain
Stanley, interprète en créole d’Haïti depuis 2015, témoigne de cette évolution :
« Nous avons connu une période d’accalmie, puis tout s’est accéléré. Nous avons dû recruter et former en urgence d’autres interprètes. Les demandes venaient de tous les côtés, parfois de personnes installées en Guyane depuis des années qui n’avaient jusque-là jamais entamé de procédure. »
Cette évolution s’est accompagnée d’un changement de profil des personnes en demande d’asile et d’une intensification de la charge émotionnelle.
« Avant, on rencontrait surtout des personnes venant retrouver un proche déjà installé en Guyane. Aujourd’hui, ce sont des familles entières qui arrivent : des hommes, des femmes, des enfants de tous les âges. Les récits ont changé : à la précarité s’ajoutent désormais des témoignages de fuite, motivée par la peur, les violences, les gangs. Nous avons un devoir de neutralité, mais certains récits restent en mémoire. »
Des acteurs au cœur de la demande d’asile
Souvent en première ligne dans la relation entre administration et demandeurs d’asile, les interprètes sont devenus des acteurs incontournables du dispositif. Leur rôle dépasse la simple traduction linguistique : ils et elles garantissent la compréhension mutuelle dans des moments décisifs, tout en veillant à la fidélité des propos et à la sensibilité des échanges.
« Aujourd’hui, je sens que mon travail a un poids différent. On n’est plus là juste pour ‘traduire’, on contribue à faire passer un message vital. »
Alors que les dispositifs d’accueil poursuivent leur adaptation, la mobilisation et la professionnalisation des interprètes demeurent une priorité pour assurer un accès équitable et humain à la procédure d’asile.
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