09 mars 2026

Femmes exilées – Maison des Femmes de Saint-Denis : l’interprétariat professionnel au service des femmes en difficulté ou victimes de violences

visuel 8 mars droits des femmes exilées violences ISM Interprétariat 032026

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, une réalité trop souvent invisible se rappelle : l’accès aux soins, à la protection et aux droits commence par la capacité à comprendre et à se faire comprendre. Les difficultés linguistiques dépassent la simple communication : elles reflètent des inégalités sociales, économiques et culturelles, et peuvent limiter l’accès aux dispositifs de soutien et aux droits fondamentaux.

Les femmes exilées représentent plus de la moitié des personnes déplacées arrivant en France et sont souvent exposées à un continuum de violences — dans leur pays d’origine, sur les routes de l’exil, puis une fois arrivées en France. La barrière de la langue accroît leur vulnérabilité en limitant l’accès à l’information, aux ressources et aux dispositifs de soutien.

C’est dans ce contexte que l’interprétariat professionnel à La Maison des Femmes de Saint-Denis joue un rôle crucial. Il permet aux femmes allophones en difficulté ou victimes de violences de s’exprimer pleinement, de connaître leurs droits et de bénéficier d’un parcours de soins et d’accompagnement complet, sécurisé et respectueux de leur dignité.

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Un lieu pionnier de prise en charge globale et pluridisciplinaire

Fondée en 2016 par la docteure Ghada Hatem-Gantzer, La Maison des Femmes de Saint-Denis est une unité de soins de l’hôpital Delafontaine, rassemblant professionnels de santé, psychologues, travailleurs sociaux et juristes formés à la prise en charge des violences sexistes et sexuelles. Elle offre un cadre conçu pour favoriser la reconstruction et l’autonomie.

Quatre parcours de soins répondent aux besoins spécifiques des patientes et du territoire :

  • Unité Santé sexuelle et IVG
  • Unité Violences : prise en charge des violences conjugales, intrafamiliales, sexuelles ou sexistes, physiques ou psychologiques, passées ou présentes.
  • Unité Coralis : parcours dédié à l’accueil des victimes d’agressions sexuelles et de viols, en lien avec le parquet de Bobigny.
  • Unité Mutilations : soin, prévention et lutte contre les mutilations génitales et sexuelles féminines

Chaque année, près de 4 000 femmes de plus de 100 nationalités et cultures différentes sont accompagnées. Dans ce dispositif intégré, l’interprétariat professionnel constitue un maillon essentiel, garantissant l’accès aux informations médicales, sociales et juridiques indispensables à leur protection.

Comment soigner et accompagner quand la langue fait barrière?

Soigner, c’est avant tout comprendre la personne. Mais que se passe-t-il lorsque la langue devient un obstacle ? Docteure Ghada Hatem-Gantzer rappelle que la langue est au cœur de la relation de soin, surtout lorsqu’il s’agit de santé mentale ou d’expériences traumatiques.

En 2023, lors du module 3 du Programme 3D Dialogue, Droits et Diversité de l’Observatoire, sur le thème « Accès aux soins et barrières linguistiques – soigner avec les bons mots », elle soulignait l’importance d’un parcours global pour les femmes migrantes : santé physique et mentale, suivi juridique et ateliers d’échange et d’entraide. L’interprétariat y joue un rôle central, contribuant notamment à l’autonomisation des patientes.

Quelques mois plus tard, dans l’émission de Radio France Internationale « Se faire soigner quand on ne parle pas la langue du pays », aux côtés des équipes d’ISM Interprétariat, elle insistait :

« La finesse des échanges, notamment lorsqu’il s’agit de symptômes psychologiques et émotionnels, rend indispensable l’usage de la langue de la personne : sans cela, la prise en charge est très difficile. »

 

Les professionnels de la Maison des femmes de Saint-Denis ont donc recours à des interprètes d’ISM Interprétariat en présentiel et par téléphone. En 2025, plus de 410 interprétariats ont été réalisés en présentiel, dans près de 40 langues et dialectes différents, dont le bengali, le tamoul, l’arabe du Maghreb, le bambara et le soninké.

« Lorsque les femmes sont dans un état de stress post-traumatique, on les accueille dans le cadre d’une hospitalisation de jour. L’évaluation se fait avec un interprète. Nous suivons quatre femmes en une matinée, avec des consultations qui comportent plusieurs dimensions : une évaluation médicale, une évaluation en santé mentale, en santé sociale. Cela dure deux heures et demie avec trois intervenants différents. Faire intervenir un interprète sur ce bref temps d’hospitalisation est extrêmement utile et permet une vision d’ensemble de la situation, sans ruptures ni changements. ».

– Docteure Ghada Hatem, gynécologue et fondatrice de La Maison des Femmes

 Le « dialogue à trois » : un cadre sécurisant pour faire émerger la parole des femmes vulnérables

Dans ce contexte, l’interprétariat professionnel constitue une condition essentielle de l’expression de l’intime et de l’accès aux droits.

Pour assurer la communication et la bonne compréhension entre la patiente et le professionnel de santé, l’interprète joue un rôle de médiateur culturel. A ce titre, il apporte des explications permettant de mieux comprendre les codes et représentations culturels, ainsi que les possibles réticences de la patiente.

« Dans les consultations de gynécologie, les femmes tamoules sont très mal à l’aise. Pourquoi ? Parce qu’elles n’ont jamais connu ces consultations au pays. Là-bas, on n’apprend pas et on ne parle pas de la sexualité ou du corps de la femme. »

Dilhani, interprète en tamoul et cingalais et médiatrice transculturelle.

Dans l’accompagnement des femmes victimes de violences, l’interprète s’attache à créer un climat de confiance dans le « dialogue à trois » : avec la patiente et le professionnel. Son intervention apparaît alors comme la clé de voûte permettant de rassurer les patientes et d’apporter un cadre sécurisant, condition substantielle de l’expression de l’intime.

« Dans la culture tamoule, on ne peut pas dévoiler à l’extérieur du couple les violences conjugales ou les violences sexuelles. On n’a pas le droit de parler de l’intimité de la femme. »

Dilhani, interprète en tamoul et cingalais et médiatrice transculturelle.

Former des interprètes spécialisés

Intervenir dans des contextes de violences exige une posture professionnelle rigoureuse, respectant des principes éthiques stricts de confidentialité, d’impartialité et de fidélité de traduction. L’association propose plusieurs sessions de formation pour ses équipes. Parmi ces actions :

  • « Violences conjugales et familiales» : types et mécanismes des violences, cadre légal et outils pour la protection des victimes, incluant mutilations sexuelles et soumission chimique. Une formation animée par les professionnels de la Maison des Femmes.
  • « Les violences sexuelles : comprendre le phénomène et accompagner les victimes» : typologies et mécanismes des violences sexuelles, impacts physiques et psychiques, accompagnement, parcours judiciaire et travail en réseau. Cette formation est animée par une intervenante de l’association France terre d’asile.

Ces formations continues garantissent un accompagnement précis, sécurisé et respectueux, essentiel lorsque la parole aborde l’intime, le trauma et les droits fondamentaux.

La Maison des Femmes à l’écran

La sortie du film La Maison des femmes, réalisé par Mélisa Godet et en salle depuis le 4 mars 2026, met en lumière le travail quotidien des équipes et la réalité des parcours de reconstruction. Quand la barrière de la langue existe, les interprètes sont les ponts invisibles entre les patientes et les équipes, permettant à chaque femme de faire valoir ses droits et de recevoir un soutien réel.

L’engagement d’ISM Interprétariat pour le 8 mars

À l’occasion du 8 mars, ISM Interprétariat réaffirme son engagement : garantir que la langue ne soit jamais une barrière à l’accès aux droits et aux soins. Chaque femme, quelle que soit sa langue, mérite d’être entendue, comprise et accompagnée avec dignité.

Pour aller plus loin

➡️ Droits des femmes – La Maison des Femmes
➡️ Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes 2025 : donner voix à la douleur à travers le rôle des interprètes – ISM Interprétariat
➡️ Colloque – Les langues du soin • La santé des femmes face aux défis linguistiques
➡️ Face aux violences, les droits des femmes étrangères : 3e édition, ouvrage collectif ⋅ GISTI
➡️ Observatoire – Replay du quatrième module « Vivre et dire son intimité en situation de migration » – ISM Interprétariat
➡️ Témoignages – Journée internationale des droits des femmes : lutter pour l’accès aux soins des femmes exilées – ISM Interprétariat