La journée mondiale des réfugiés, célébrée le 20 juin, sonne particulièrement fort cette année comme un rappel de notre devoir d’accueil et de solidarité vis-à-vis de ces personnes en quête de protection. Alors qu’elle devrait être un moment de cohésion face à une menace commune à toute l’humanité, la période de crise que notre monde traverse a été l’occasion de multiples atteintes au droit d’asile. Elle a aussi renforcé l’isolement de ces personnes souvent fragiles et précaires, qui en plus d’être contraintes au confinement comme le reste de la population, étaient démunies face à une information inaccessible pour elles en langue française.

Dans le monde entier, à la fin 2019, le nombre de personnes ayant fui leur foyer a atteint le triste record de 79,5 millions, soit 1% de l’humanité[1]. Chaque jour, des milliers d’autres sont contraintes de tout quitter à leur tour pour fuir l’instabilité politique ou climatique qui menace leur vie, et pour chercher protection ailleurs. La très grande majorité d’entre elles fuient vers d’autres régions de leur pays ou vers d’autres pays de l’hémisphère sud. Ce phénomène mondial est significatif des inégalités de développement et de chances : à conditions égales, chacun pourrait se retrouver réfugié…

Depuis quelques mois, l’humanité est rassemblée derrière une cause commune : celle de la lutte contre le Covid-19. Ce contexte exceptionnel ne doit pas permettre d’exception lorsqu’il s’agit de l’accueil que nous nous devons d’offrir aux réfugiés et demandeurs d’asile : un accueil digne et humain, dans le respect des conventions internationales. Par deux fois, le Conseil d’État l’a rappelé ces dernières semaines. C’est pour participer à cet accueil que l’association Inter Services Migrants (ISM) Interprétariat, a été créée il y a maintenant 50 ans. Sa mission : participer à l’accueil et permettre l’accès aux droits et participer à la lutte contre le racisme et les discriminations, en facilitant leur communication avec les services publics et les associations. En 2019, ses services d’interprétariat, de traduction, d’écrivain public et d’informations juridiques ont bénéficié à plus de 410 205 personnes allophones.

Notre association peut en témoigner : le confinement mais aussi le contexte de post-confinement, dans lequel la réouverture et la capacité d’accueil des services sont encore partielles, renforce l’isolement des demandeurs d’asile et réfugiés, a fortiori ceux non-francophones.

Plus que jamais, nous appelons donc de nos vœux un accueil tel que nous-mêmes aimerions et serions en droit de recevoir si le sort nous avait placés dans leur situation.

Stéphanie Larchanché, présidente d’Inter Services Migrants (ISM) Interprétariat

[1] Source : UNHCR, 1% de l’humanité déracinée, selon le rapport statistique du HCR Tendances mondiales, 18 juin 2020