Notre collègue Feriel Daoud, interprète en arabe, nous partage ce matin une contribution sur Yennayer, nouvel an berbère célébré ces jours-ici. Elle nous décrit les pratiques dune région et dun pays à l’autre.

Que signifie Yennayer ?

Étymologiquement, le mot Yennayer est formé de deux mots qui sont :
  • Yen qui veut dire premier
  • Ayer qui veut dire mois.
Yennayer est donc le premier mois de l’année dans le calendrier amazigh. Amenzu n’yennayer (1er jour de l’an amazigh coïncide avec le 12 janvier du calendrier grégorien). Il est célébré dans 12 pays africains dont les Iles Canaries.
Mais quelle est l’origine du calendrier Amazigh ?
Aujourd’hui, nous sommes en 2971. L’an 1 amazigh remonte donc à 950 avant J-C. C’est le roi Sheshonq (chachnaq) qui, après avoir conquis le Delta du Nil, fonda la 22e dynastie pharaoniqueUne première bataille, une victoire grandiose.
Yennayer est fêté avec ferveur dans toute Tamazgha (berbèrie), là où vivent encore des berbères. De l’oasis de Siwa en Égypte jusqu’aux îles Canaries dans l’Atlantique, de Ghadamès en Libye jusqu’à Tlemcen dans l’ouest algérien, des hautes terres des Chaouia aux oasis mozabites, dans le rif marocain, sur les côtes tunisiennes. Et surtout en Kabylie (Algérie).

Comment fête-t-on Yennayer dans Tamazgha ?

Yennayer est fêté selon les caractéristiques de la région et les traditions de ses habitants mais l’objectif reste le même : « c’est la fête présage dune nouvelle année féconde ».

Exemples :

  • Dans la région de Ghadamès en Libye, Yennayer est le jour des enfants. Ils y donnent libre cours à leur imagination pour jouer des tours aux adultes, une sorte de 1er avril. Tout le village est regroupé autour dun méchoui en plein air.
  • Au Maroc, il y a des régions où l’on tient absolument à ce que les plats du jour comporte les sept légumes. Tout ce qui est vieux et usé dans l’habitation est changé et il est de coutume de remplacer les pierres du foyer de la cheminée. C’est aussi l’occasion de faire le point et d’achever tous les travaux entrepris auparavant.
  • Dans une région de Tiaret (Algérie), appelée Ain Dheb, après le banquet familial bien garni et la consommation (à l’heure tardive de la nuit) des noix, des noisettes, des amandes, des cacahuètes, etc., on éparpille sur le sol les épluchures de ces dernières qu’on ramasse le lendemain matin. Ce rite est effectué en signe d’espérance dune bonne récolte agricole de la nouvelle année.
  • Dans la région de Wahran ou Oran, ville portuaire au nord-ouest de l’Algérie, la famille se réunit et un banquet est organisé. À Béni Snouss près de Tlemcen (ouest algérien), on organise le carnaval de l’Ayred [le lion].
  • En Kabylie, la célébration se fait à travers des rituels, des sacrifices et des plats particuliers. En pleine saison de cueillettes des olives, le travail est arrêté. Les maisons sont nettoyées de fond en comble, repeintes, décorées et ouvertes aux convives. Dans certains villages, c’est aussi la première coupe de cheveux pour les garçons. L’homme le plus vieux se charge de la besogne : « le petit vivra, souhaite-t-on ainsi, aussi longtemps que ce vieux coiffeur de la circonstance »

  • Dans les Aurès, les Chaouis créent une ambiance de joie et d’amusement, procèdent à un nettoyage méticuleux des maisons et préparent l’iranen (plat de grains de blé ou de maïs cuits dans du bouillon avec des févettes, de la graisse, du sel et du fromage). La tradition veut également que tout ouvrage commencé tel que le tissage, soit terminé ce jour-là.
  • Dans l’Ahaggar, les Touaregs commence à fêter Yennayer une semaine avant le 12 janvier. Pour cette occasion, on met ses plus beaux habits et on se pare de ses plus beaux bijoux, on chante, on danse autour de plats cuisinés tels que : kasbasu (secsou ou couscous), taggala (aghrum ou pain), talbagat (aksum yaz dhen ou viande hachée), aghaghe (ighi ou petit lait, l’ben).

Une seule pratique est partagée par les citoyens de toutes les contrées, il s’agit du réveillon du « 31 boudjember », dernier jour de l’an qui s’achève. Le rituel est à quelques détails près, identiques pour tous. Il consiste également enun repas familial précédé dun rite sacrificiel symbolique dont la portée est de protéger la famille du mauvais sort durant toute l’année qui arrive. On se doit de sacrifier un coq fermier.

La famille élargie, parfois tout le clan, se retrouve autour dun couscous au poulet fermier agrémenté de morceaux de viandes séchées (acedluh), on se gave toute la soirée de friandises et de fruits secs gardés pour la circonstance. Des grenades, des figues, des dattes, des raisins, des pruneaux sont sortis des jarres de terre cuite, des amphores bien dissimulées dans l’architecture des maisons berbères notamment dans la soupente (tissi) qui prolonge la grange (adaynin).
Certains adultes sont chargés, toute la soirée, d’expliquer aux enfants l’histoire de Yennayer pour cultiver la mémoire.
La commémoration est donc la même date avec des pratiques différentes dune région, dun pays à l’autre, selon les traditions et le mode de vie spécifiquesUn riche programme d’activités culturelles dans certaines régions est souvent organisé, alliant expositions, rencontres littéraires et conférences thématiques sur la culture et la langue amazighe. Une manière comme une autre de transmettre les coutumes et de perpétuer la culture.

Asseguas ameggaz 2971 ! – Bonne Année 2971 !