Un texte écrit par notre collègue Florianna Kudrnova, interprète en tchèque et slovaque.

Les rencontres entre les peuples  /  un peu d’histoire

Depuis le 1er mai 2004, la République tchèque et la République slovaque font partie de l’Union Européenne. Pourtant on connaît assez peu ces pays d’Europe centrale, dont la formation est relativement récente. Ces deux républiques et peuples coexistent en toute tranquillité.

1) La République tchèque est formée de la région historique nommée pendant longtemps la Bohème. Le nom de Bohème viendrait d’un peuple celte, les Boïens, implantés dans la région depuis le Ve siècle avant notre ère. Diverses invasions se succèdent, comme dans toute l’Europe et amènent, vers le IV siècle de notre ère, des tribus slaves sur le territoire. Le chef de cette tribu slave se nommait Čech. La légende dit que 2 tribus sont arrivées en Europe centrale : celle de Lech et celle de Čech.
Celle de Lech s’est installée dans la région de l’actuelle Pologne, celle de Čech a continué jusqu’au confluant de l’Elbe et de la Moldau.

2) La Moravie est l’autre région historique de la République tchèque, dont elle représente environ un tiers de la superficie. Le morave est une langue quelque peu différente du tchèque. A partir du 5ème siècle de notre ère ces deux peuples constituent une nation.

A début du 1er siècle les Teutons y ont remplacé les Celtes, ensuite sont arrivés les Suebes et la tribu des Quades (peuples germains). Moravie était en contact immédiat avec l’Empire romain. En 179 – les troupes romaines de l’empereur Marc-Aurèle y ont établi des camps.

En raison de l’invasion des Huns vers l’an 400, les Suebes ont abandonné la Moravie. Par la suite elle a été habitée par des tribus germaniques Hérules, Gepids, Rugii et les Lombards. Ces derniers ont quitté la Moravie en 568.

Les premiers slaves sont arrivés en Moravie dans la 1ère moitié de la 6éme siècle. La marée s’est intensifiée après le départ progressif des Lombards. À peu près à la même période sont arrivés d’Asie centrale les Huns (peuplade turco-tatare).

 

3) La Slovaquie – des tribus celtes s’installent sur le territoire.

La vallée du Danube est intégrée à la Pannonie romaine.
Les premières vaques de slaves arrivent sur le territoire au cours du 5ème et 6ème siècle, suivies de l’invasion des Huns et des Avars (peuplade turco-tatare) au 6ème siècle.

 

L’histoire commune Bohème Moravie

Le christianisme arrive en Bohème vers le IXe siècle. La Bohème fait alors partie du royaume de la Grande Moravie, lequel fut fondé vers 830.
Les saints Cyrille et Méthode viennent évangéliser la Bohème et la Moravie. Ils ont inventé l’alphabet glagolitique (proche du cyrillique) pour traduire le nouveau testament.
Le pouvoir des Bohémiens (Tchèques) s’installe vers le Xe siècle. Mais rapidement, en 950, la famille régnante doit reconnaître la suprématie des voisins germains, et la Bohème intègre alors le Saint Empire germanique.

Pour les slovaques après l’effondrement de l’empire morave, les assauts des Polonais et des Magyars, signifient la fin de l’indépendance et une domination magyare qui durera jusqu’au XXe siècle.

Au début du XVe siècle, la Bohème connaît un épisode marquant de son histoire qui va être, en quelque sorte, à la base du sentiment national tchèque. Ces événements sont connus sous le nom de la Révolte hussite, du nom des adeptes de Jan Hus, réformateur religieux, recteur de l’Université de Prague et dont les idées préfiguraient celles du protestantisme. Il s’inspire des thèses de l’Anglais John Wyclif.
Le 6 juin 1415, Jan Hus est brûlé par l’Église à Constance. Son martyre déclencha un mouvement national de révolte, dont le lieu principal de rassemblement fut la ville de Tábor (voir le mont Tabor en Israël). Le chef militaire de ce mouvement se nommait  Jan ŽIŽKA.
Le pape déclara alors une croisade contre les Hussites. S’en suivirent plusieurs combats, qui virent la victoire des Hussites.

Vers 1419, la Bohème avait acquis son indépendance. Le concile de Bâle de 1431 accorda à la Bohème une relative autonomie religieuse.
L’épisode hussite avait fortement marqué et stimulé le sentiment national, contrariant les tentatives de germanisation des puissants voisins de la Bohème.

En 1526, Ferdinand Ier de Habsbourg monte sur le trône de Bohème, scellant le destin de celle-ci à celui de l’Autriche et de l’Empire austro-hongrois.
À cette occasion, la Moravie, autre région historique de la République tchèque, est rattachée à la Bohème. A partir de ce moment-là, leur histoire se confond.

L’empereur Rodolphe II, prince de la maison d’Autriche établit son règne en 1583, à Prague. Après sa mort en 1612, son frère Matthias cherche à renforcer la position de l’Église catholique. Il tente de fermer les églises protestantes.

Au cours du mois de mai de l’année 1618 la Diète composé de feudaux et de notables se réunit à Prague. Une partie de cette assemblée était protestante. Des débats très houleux s’engagent, qui se terminent par la défenestration des traîtres à la cause nationale tchèque.

Une insurrection protestante armée s’en suivit, qui fut défaite en 1620.

En représailles, la maison d’Autriche et l’Église catholique (le Vatican) font exécuter 27 seigneurs et notables tchèques sur la Place de la Vieille Ville à Prague.

Suite à la répression de la réforme protestante et à la guerre de 30 ans, les privilèges nationaux sont supprimés, la langue allemande est imposée au peuple tchèque/morave. Cette période est appelée dans l’histoire tchèque, le temps des ténèbres.
Avec l’aide des jésuites, le pays est à nouveau catholicisé.

A la fin du XVIIIe siècle, les réformes de Josef II ravivent le nationalisme tchèque. En 1848, une révolte est réprimée.
Les tchèques continuent à lutter farouchement pour leur autonomie au sein de l’Empire. Autonomie qu’ils finiront par obtenir à la chute de ce dernier en 1918. Vint alors la formation de la Tchécoslovaquie, constituée de la Bohème, Moravie et Slovaquie.
La cession de la Tchécoslovaquie en 1993 entraîne la formation de l’actuelle République tchèque, composée de la Bohème et Moravie, avec Prague pour capitale et de la République slovaque dont la capitale est Bratislava.

Les rencontres et personnalités

Charles IV / Karel IV  (1316 / 1378)

Roi de Bohème et empereur des Romains de 1355 à sa mort.

Il est le fils de Jean l’Aveugle comte de Luxembourg, qui a épousé Élisabeth de Bohême et régna ainsi en Bohème de 1310–1346.

Charles est baptisé Venceslas (Václav en tchèque). Lors de sa confirmation, il prendra le nom de son oncle et parrain, le roi de France, Charles.

Son père, Jean de Luxembourg, en conflit ouvert avec la mère de Charles, Élisabeth de Bohême, décide de soustraire son jeune fils à l’influence maternelle. Le jeune Charles vit tout d’abord dans un château fort éloigné de sa parente. Par la suite, il est envoyé pour parfaire son éducation chevaleresque à la cour de son parrain Charles IV de France, où il arrive en avril 1323, et où il y restera sept ans.

C’est grâce à une dérogation du pape Jean XXII, 1 mois après son arrivée en France que Charles, encore enfant, épouse Blanche de Valois.

Pendant son règne il modernise Prague, il en fait une capitale, ouvre une Université en 1349, sur les modèles de celles de Bologne et de la Sorbonne à Paris.

Il fit venir de Bourgogne des cépages de vigne et fit appel à des architectes français pour la construction de la cathédrale Saint Guy de Prague (Mathias d’Arras).

Georges de Poděbrady / Jiří z Poděbrad

C’est un autre roi de Bohême, qui envoya, en 1464, une délégation au roi Louis XI, pour le convaincre de soutenir l´idée d’une “Alliance de souverains d´Europe”, une idée que l’on croirait conçue par le cerveau d’un politologue moderne. L´objectif de l´Alliance aurait été, d’une part, la défense contre les invasions turques et d’autre part, une vaste coopération internationale pour le maintien de la paix en Europe : un premier projet de sécurité collective.

Même si, à partir de 1620, la Bohême/ Moravie se retrouva pour une longue période sous la férule des Habsbourgs, des liens assez étroits persistèrent entre l’Unité des Frères Moraves (l’une des églises réformées de Bohême) et les calvinistes français.

Le XIXème siècle marqua un tout nouvel essor des relations franco-tchèques.

A l’instar des autres peuples d´Europe centrale, les tchèques entreprennent un mouvement d’émancipation nationale sur l´Autriche et sa politique de germanisation. Ils voyaient alors dans la France un contrepoids naturel à l´Autriche et à la sphère germanique en général, avec ses pressions culturelles. Les liens plus étroits avec la France et sa civilisation leur faisaient espérer un meilleur contact avec la pensée et la culture modernes , ainsi que des soutiens de la part des français à leurs efforts émancipateurs. Beaucoup de traductions d´œuvres littéraires françaises virent le jour à ce moment-là.

Contre la volonté de Vienne, Paris se mit à recevoir des visites d’importants hommes politiques tchèques. Les contacts furent réguliers entre la Mairie de Paris et celle de Prague. En 1870, les députés de la Diète du Pays Tchèque furent les seuls à s’élever contre l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine par l’Allemagne.

Du point de vue des relations officielles, la création du Consulat français à Prague en 1897, obtenue sous la pression des députés tchèques, constitua un moment important. La mission principale du Consulat fut de recueillir des informations économiques, car la Bohême était la principale région industrielle de l’Empire austro-hongrois. Entre 1909-1911, ce fut Paul Claudel qui y exerça les fonctions de consul.

Depuis 1862 il existe une Association des Tchèques et Slaves à Paris la : « Česko-Moravská Beseda » (La causerie morave-tchèque), fondée par Josef Václav Frič, un écrivain tchèque, journaliste, homme politique et représentant du romantisme révolutionnaire tchèque exilé à Londres et Paris.

En 1892 une association de gymnastique tchèque nommée Sokol / Le Faucon est créée à Paris. Elle se rend au congrès de l’union des gymnastes français à Nancy, où elle retrouve une forte délégation des « frères/sœurs » (c’est comme cela que les membres de cette association se nomment) du Sokol de Prague. Cette délégation officielle du Sokol de Prague visite l’Exposition universelle et est reçue à l’Hôtel de Ville de Paris.

En échange, la ville de Paris envoya sa délégation, y incluant des gymnastes, à la Fête des Sokols à Prague. Leur accueil fut triomphal et faillit se transformer en une manifestation nationale. Selon les témoignages, la délégation française quitta Prague en défenseuse convaincue des intérêts tchèques. Ce voyage donne lieu à un petit incident diplomatique qui fut qualifié, du côté autrichien, comme un acte d´inimitié. Aujourd’hui, cette association existe toujours et se nomme « Sokol de Paris ».

Le XXème siècle fut capital pour le rapprochement franco-tchèque. Sur le plan politique, la France fut considérée à Prague comme un contrepoids à l´univers germanique austro-allemand. Au moment de la Première guerre mondiale, c’est tout naturellement que des hommes politiques tchèques, soucieux de l´émancipation nationale, cherchèrent refuge à Paris, où ils continuèrent d’œuvrer pour la cause tchèque.

L’activité des Sokols eut son importance durant la 1ère guerre mondiale et fut le soutien principal de la démarche de T.G. Masaryk, E. Beneš,  et M.S. Štefánik pour la création de l’Etat tchécoslovaque. Les membres du Sokol de Paris ainsi que ceux de l’organisation « Rovnost » (Egalité) à Paris s’engagèrent dans l’armée française et furent appelés à servir dans la Légion Etrangère. Dans le camp d’instruction de Bayonne, ils formèrent une compagnie dénommée « Nazdar » (Salut).

Les universitaires Tomáš Garrigue Masaryk et Edvard Beneš (1er et 2ème présidents de la future république tchécoslovaque), quittèrent la Bohême respectivement en décembre 1914 et 1915, avec l’astronome slovaque Milan Štefánik, naturalisé français en 1912. Ce furent les trois principaux maîtres d’œuvre de la création d’un État tchécoslovaque indépendant. Masaryk résida principalement à Berlin, aux USA et à Londres. Beneš et Štefánik mirent à profit leurs connaissances de la France et de ses milieux intellectuels et politiques. E. Beneš et R. Štefánik partagaient avec d’autres, un engagement de francs-maçons. Beneš fut initié à Prague en 1927.

C’est à Paris, au 18 rue Bonaparte que fut installé en 1916 le « Conseil national des pays tchèques », présidé par Masaryk, dont Beneš fut le secrétaire général et Štefánik, le vice-président.

Grâce à eux Masaryk est reçu en février 1916 par le président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, Aristide Briand. En janvier 1917, nouveau succès : Beneš obtient que la libération des peuples « Tchéco-Slovaques » soit inscrite comme l’un des buts des Alliés. Le président Wilson, des Etats-UnIS, n’est pas étranger à cette demande.

En décembre 1917, le Président de la République française Raymond Poincaré a reconnu, à côté des Alliés, sous le commandement du Général Foch, l’organisation combattante tchécoslovaque. Une unité militaire tchèque fut créée en France, organisée par le grand peintre Kupka.

Une coïncidence singulière se produisit en 1918. Dans la ville de Darney, distante de 20 km de Vittel, résident, depuis le XIVe siècle, des descendants de verriers de Bohême, qui avaient apporté en France les secrets de leur industrie. A la demande des Ducs de Lorraine, les blasons de ces gentilshommes verriers et de leurs familles, décorèrent la grande salle du château.

Cette même ville, Darney, fut aussi au cours de la Première Guerre mondiale, le lieu de rassemblement des volontaires tchèques et slovaques. Le 30 juin 1918, c’est dans cette ville que la déclaration de l’indépendance de l’État tchécoslovaque fut proclamée. Etaient présents le président français R. Poincaré et E. Beneš. L’armée tchécoslovaque formée et instruite en France reçut officiellement son drapeau.

Aujourd’hui Darney est jumelée avec Slavkov connue sous son nom allemand d’Austerlitz.

Depuis 1919, dans le cimetière de la Targette en Artois, à Darney et Vouziers, reposent les soldats tchèques et slovaques tombés durant la 1ère et 2ème guerre mondiale. Ils étaient 80 000 à combattre. Leur rôle dans la défense de la France est commémoré également par un monument du cimetière Père Lachaise à Paris.

 

Milan Štefánik

Son doctorat d’astronomie et de mathématiques de l’Université Charles en poche, Štefánik arrive à Paris en 1904 pour poursuivre ses études d’astronomie. Il devient l’assistant du professeur Jules Janssen à l’observatoire de Meudon. Sous son influence, Štefánik consacrera dix ans à l’astronomie. Il publie dès ses débuts douze traités scientifiques et organise, pendant sept années consécutives des expéditions d’observation astronomique au sommet du Mont Blanc. Il voyage beaucoup. Il est à Tahiti lors du passage de la comète de Halley en 1910.

Il s’établit, en 1909, au no 6 de la rue Leclerc dans le 14e arrondissement de Paris où il vivra jusqu’en 1919.

Après 1908, Štefánik voyage au service du gouvernement français pour lequel il accomplit d’importantes missions diplomatiques. En effet, un groupe de députés propose la mise en place d’une chaîne de stations radiotélégraphiques qui relierait toutes les colonies françaises. Štefánik s’avère être l’homme désigné pour réaliser ce projet. Ses dernières expéditions à Tahiti et en Équateur (1913), en tant que citoyen français, lui valurent la Légion d’honneur.

Au début de la 1ère guerre mondiale, il demande à être incorporé dans l’Armée de l’air, débute sa formation de pilote en janvier 1915 à l’Ecole d’aviation militaire de Chartres.

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(Portrait de Milan Štefánik)

C’est lui qui persuade le gouvernement français de soutenir la cause de la Tchéco-Slovaquie. Štefánik a compris que la politique visant à la création de la future Tchécoslovaquie doit être soutenue par une force armée réelle. Il continue à former des Légions tchécoslovaques en Italie et en Russie. Lorsqu’il arrive en Sibérie, il est général. Après les négociations d’octobre 1918 à Genève, il est nommé ministre de la guerre du nouveau gouvernement tchécoslovaque.

Dans sa nouvelle fonction, Štefánik propose de replier les légions à l’arrière du front, celle-ci étant principalement stationnées en Russie, en Italie et en France, pour les acheminer vers leur patrie nouvellement constituée. Dans ce cadre, il entreprend un voyage vers la Tchécoslovaquie indépendante. Malgré les avertissements de ses amis, il décide de prendre l’avion car, il a reçu un appel télégraphique du ministre Srobar, qui l’appelle d’urgence à Bratislava, inquiet par l’avancée de l’Armée rouge hongroise.

Le 4 mai 1919, l’avion de Štefánik s’écrase près de Bratislava, juste avant l’atterrissage. On ne dénombrera aucun survivant. Aujourd’hui encore, les circonstances de l’accident n’ont pas été éclaircies. Officiellement, la cause en est une panne de moteur.

Sur sa tombe, le Maréchal Foch déclara : « C’était un cœur rare, une âme noble, un esprit extraordinaire qui s’est entièrement dévoué pour notre cause dès que les circonstances l’exigeaient. Il mérite la reconnaissance de l’humanité entière. Sa présence va nous manquer. Son souvenir va vivre dans les cœurs de nous tous. »

 

Tomáš Garrigue Masaryk   1850-1937 / 1er Président de la Tchécoslovaquie

Il naît en Moravie, dans une famille pauvre, son père est slovaque et valet de ferme. Sa mère est allemande et cuisinière dans une famille aisée. Il apprend donc plusieurs langues dès l’enfance: le slovaque, le tchèque et l’allemand. Il est envoyé à Vienne pour apprendre le métier de serrurier. L’expérience n’est pas heureuse et il revient rapidement dans sa famille. La situation financière difficile de sa famille le contraint à retourner faire un apprentissage. Il apprend alors le métier de forgeron. Cette expérience ouvrière laissera chez Masaryk une certaine proximité avec ce milieu, lorsqu’il deviendra un homme politique.

Il rencontre son ancien professeur de l’école secondaire qui persuade ses parents d’envoyer leur fils Tomáš au lycée. Il a réussi à passer les examens d’entrée et, peu à peu, il obtient une bourse.

Plus tard, il est précepteur dans la famille du chef de police de Vienne.

Après le Bac il étudie la philosophie à Vienne, en 1872.

En 1882, Masaryk devient professeur à l’Université Charles de Prague, il tient des positions anticatholiques, contre la religion officielle de l’Empire, ainsi que des positions antinationalistes.

Masaryk est élu au Reichsrat, le Parlement autrichien, de 1891 à 1914 au sein du Parti réaliste (qu’il avait fondé en 1900).

Lors d’un voyage en Allemagne, il rencontre Charlotte Garrigue, la fille d’un négociant new-yorkais ayant des origines françaises. Ils se fiancent le 10 août 1877 et se marient le 15 mars 1878. Fait peu habituel à l’époque, il ajoute le nom de sa femme, Garrigue, à son patronyme pour devenir Tomáš Garrigue Masaryk.

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(Portrait de Tomáš Garrigue Masaryk)

Il a séjourné plusieurs fois en France entre 1915 et 1918. Il fut le Président de la République de la Tchécoslovaquie de 1918 à 1935. Sa devise était : “ne pas avoir peur et ne pas voler”.

Edvard Beneš – 1884-1948 / 2ème Président de la Tchécoslovaquie

Né dans une famille paysanne de dix enfants. Sa famille est orientée à gauche. Après son BAC, il étudia le droit et la sociologie à l’Université Charles IV, il poursuit ses études à Londres et à Berlin, mais surtout à Paris à la Sorbonne et à l’École libre des sciences politiques. Il obtient un doctorat en droit en 1908 à l’Université de Dijon. Ce long séjour en France imprègnera en lui sa politique et une profonde francophilie qui durera jusqu’en 1938.

Ministre des Affaires étrangères pendant dix-sept ans, puis deuxième président de la République Tchécoslovaque, Edvard Beneš est une figure majeure de l’histoire européenne du XXe siècle.
Il a été confronté à trois grands drames historiques : la fin des Empires européens en 1918, le face-à-face avec le monde hitlérien, la division de l’Europe en deux, avec le passage de sa moitié orientale sous la tutelle soviétique. Il est étroitement lié au système international de son époque, même si son nom évoque avant tout les accords de Munich de septembre 1938 – où il est victime de l’abandon des puissances occidentales – et plus tard de la satellisation de la Tchécoslovaquie par l’URSS à la suite du « coup de Prague » en février 1948.
Au même titre que son pays, pris en étau entre Hitler et Staline, il a été une sorte de sismographe du Vieux Continent : figure triomphante en 1918 et 1945, puis tragique en 1938 et 1948, passée de la gloire à l’abîme.

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(Portrait d’Edvard Beneš)

 

L´influence culturelle

Tout au long du 19ème siècle, l´influence culturelle de la France en Bohême fut très importante dans tous les domaines.

Dès 1863, on fit des conférences sur la littérature tchèque au Collège de France. Dans les années soixante, l’association Česká beseda (La causerie tchèque) de Paris se réunissait au Café des Nations pour diffuser une meilleure connaissance de la Bohême.

A partir de 1869, paraissait en Bohême et en français la revue « Correspondance slave » qui proposait de fournir à l’étranger des informations sur les événements dans les Pays tchèques. Le constant défenseur de la cause tchèque en France fut l’historien Ernest Denis, dont l´œuvre maîtresse, La Bohême après La Montagne Blanche, consacrée à la période de la domination habsbourgeoise sur la Bohême devint, même pour le public tchèque, une source d’autoréflexion.

La fondation de l’Alliance française constitua un autre moment important du mouvement, ses antennes apparaissant en Bohême dès 1886, 1ère en Europe Centrale. C´est grâce à une bourse de cette institution qu’Edvard Beneš a pu faire ses études à la Sorbonne.

Au Lycée Carnot de Dijon, puis dans des lycées de Nîmes et de Saint-Germain-en-Laye, des sections tchécoslovaques furent créées qui accueillirent quelques centaines d´élèves tchèques et slovaques, dont beaucoup allaient devenir des personnalités publiques de premier plan.

Bien plus nombreux que les hommes politiques, ce sont les artistes tchèques qui partaient chercher leurs inspirations en France. Ce flux ne fut interrompu qu’avec l’arrivée au pouvoir des communistes en 1948, pour reprendre brièvement en 1968 puis, définitivement, en 1989. Le plus marquant des échanges culturels fut, au début du 20ème  siècle, l´exposition à Prague de l’œuvre de Rodin, pour sa première exposition à l´étranger. Ce fut l’admiration pour la culture française, et un triomphe personnel pour le sculpteur.

Un grand nombre d’artistes tchèques sont partis s’installer en France: tel a été le cas des grands peintres tels qu’ Alphonse Mucha ou František Kupka, plus tard de Josef Šíma, d’Otakar Kubín (Coubine), de Jiří Zrzavý, de Toyen, du compositeur Martinů, des écrivains tels que Toman, Weiner, Reynek, Palivec, Hořejší, Heisler et aujourd’hui Milan Kundera…
Certains resteront en France jusqu’à la fin de leur vie. Toutes les nouveautés parisiennes trouvaient vite le chemin de Prague et des liens solides se nouaient entre les milieux artistiques. Prague ne jurait que par le cubisme. Les surréalistes se rencontraient régulièrement à Paris ou à Prague. L’Institut Ernest Denis de Prague joua le rôle d’un centre culturel important, il y eut comme professeurs par exemple, le philosophe Vladimir Jankélévitch ou Hubert Beuve-Méry le fondateur du Monde.

La coopération reprit pour un moment après la guerre, mais le coup de force communiste de 1948 y mit fin et le nouveau régime y opposa des obstacles insurmontables. Seuls, persistèrent des liens, importants, entre les partis communistes et leur intelligentsia.

Le président de l’Alliance Française, le général Píka, fut accusé d’espionnage et exécuté, et les activités des institutions françaises furent de nouveau arrêtées.

Une partie de l’exil tchèque se fixa à Paris (Jan Čep, Toyen), et parmi ces exilés, c’est le journaliste Pavel Tigrid qui devint une figure essentielle de l’opposition tchèque des quarante années à venir, en prenant la direction de la revue Svědectví (Témoignage). Paris retrouva donc son rôle de foyer de l’opposition tchèque à l’étranger.

Sur le plan culturel, la France garda son importance à l’intérieur du pays, et malgré la sévérité de l’oppression, bon nombre d’œuvres et d’auteurs essentiels furent traduits. On n’ignorait pas l’existentialisme, le structuralisme, le nouveau roman ni le théâtre de l’absurde, à Prague, où Sartre fit une visite. On traduisit aussi Teilhard de Chardin, Bernanos ou Julien Green. La libéralisation progressive des années 60 entraîna le rétablissement de certaines institutions françaises : dans les locaux de l’ancien Institut français, on instaura la Bibliothèque française, on créa la Société Tchécoslovaquie – France. On rétablit pour un temps les sections tchécoslovaques dans les lycées de Dijon, Saint-Germain-en Laye et Nîmes.

L’invasion soviétique de 1968 produisit un choc sur les élites culturelles en France; la désaffection à l’égard du régime soviétique a été influencée également, dans une certaine mesure, par le film de Kosta Gavras tiré du livre L’Aveu d’Arthur London, haut responsable du PC tchèque emprisonné dans les années 50 et, après sa libération, expatrié en France grâce à son mariage avec une française.

La Bibliothèque française de Prague ne fut pas refermée à la suite de l’invasion soviétique, et même des cours semi-officiels de français continuèrent dans les locaux de l’Institut. Août 1968 eut pour conséquence une nouvelle vague d’exilés vers la France, parmi lesquels de nombreux artistes importants (le poète et plasticien Jiří Kolář, Milan Kundera, qui se virent tous deux accorder la nationalité française par le Président Mitterrand) et des intellectuels (Antonin Liehm, qui dirigea, à Paris, au cours des années 80, la revue Lettre Internationale. Cette revue faisait le trait d’union de l’Europe intellectuelle bien avant la chute du Mur de Berlin et qui fut publiée par la suite dans plusieurs autres langues et dans plusieurs pays).

A la fin des années quatre-vingts, la France apporta un important soutien à l’opposition tchécoslovaque à l’intérieur du pays, lorsque le Président Mitterrand, au cours de sa visite à Prague, à la fin de 1988, rencontra sept de ses représentants, dont Václav Havel. Il fut le premier chef d’Etat ou de gouvernement à le faire.

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(Photo de Václav Havel et François Mitterrand)

 

Zdenka Braunerova (1858- 1934)

Artiste peintre, graveur, bibliophile, illustratrice, créatrice de verreries, passionnée d’art populaire est une figure de la culture tchèque et un exemple de la francophilie. Elle a longtemps vécu à Paris ou elle évolua pendant les vingt dernières années du 19ème siècle Elle a travaillé chez Colarossi et à Barbizon et a participé à de nombreux salons. Aucune de ses œuvres ne subsiste dans les collections publiques.
Une correspondance avec Claudel entre 1909 et 1914 demeure, d’une quarantaine de lettres, qui révèlent une amitié partagée, spirituelle et artistique. Bernard Michel a dit dans son livre Prague, Belle Époque, ce qui peut paraître légèrement réducteur, «  qu’elle constitue le sommet de toute sa vie ». À ces lettres, se rajoutent une douzaine de mentions dans le journal de Claudel 1909- 1914, les illustrations qu’elle a faites de son œuvre, encore connues en France, et le poème de 1934 «  In memoriam ».

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(La rue Spalena à Prague, Zdenka Braunerova)

 

Alfons Mucha (1860-1939)

Il est né en Moravie. Issu d’une famille de la petite bourgeoisie (son père est huissier au tribunal), le petit garçon est attiré par le dessin dès sa plus jeune enfance.

Il voyage à Prague et à Vienne, où il travaille comme apprenti-peintre, dans une entreprise de décoration théâtrale.
Il est probablement le peintre tchèque le plus connu. Il doit sa gloire notamment à l’affiche « Gismonde », créée en 1894 pour l’actrice Sarah Bernhardt. Maître de l’Art Nouveau en France et aux Etats-Unis, Alfons Mucha se consacra, parallèlement à la peinture, à la création de bijoux, de pièces de mobilier et d’autres objets d’art appliqué. Il est l’auteur des premiers timbres et billets de banque tchécoslovaques.

A la fin de sa vie, Alfons Mucha créa le célèbre cycle de 20 toiles monumentales, intitulé «  L’Epopée des Slaves », une fresque épique qu’il souhaitait accomplir depuis toujours et qu’il put exécuter grâce à Charles Crane, un riche industriel rencontré à Chicago, qui s’intéressait au nationalisme slave et qui lui procura les fonds nécessaires.

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(Affiche réalisée pour la pièce Gismonda, jouée au théâtre de la Renaissance avec Sarah Bernhardt dans le rôle principal, 1894, Alfons Mucha)

 

František Kupka (1871-1957)
Peintre et graphiste tchèque, un des pères fondateurs de l’art abstrait. Il passa la majeure partie de sa vie en France, où il commença sa carrière en tant que dessinateur et caricaturiste. Des éléments abstraits apparaissent dans son œuvre après 1900. Progressivement, l’artiste passa à « l’abstraction pure ». Les prix de ses œuvres dans les ventes aux enchères internationales atteignent des sommes vertigineuses. Le Musée Kampa de Prague abrite la plus importante collection d’œuvres de Kupka au monde.

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(Soleil d’automne, 1905 – 1906, František Kupka)

 

Toyen (1902-1980)
De son vrai nom Marie Čermínová. Surnommée Toyen par le poète tchèque Jaroslav Seifert, elle fut l’une des plus importantes représentantes du surréalisme tchèque et mondial. Ayant vécu pendant plus de trente ans en France, Toyen créa au sein du groupe de Paul Eluard et d’André Breton.

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(Objekt-Fantom, 1937, Toyen)

Josef Šíma est né à Jaroměř en 1891 et décédé à Paris en 1971.

Il est un des plus grands peintres tchèques du XXème siècle.  Souvent classé dans le groupe surréaliste, son œuvre est onirique et poétique.
Fasciné par les paysages et la mythologie, la question de la lumière tient un rôle essentiel dans la démarche créatrice de Joseph Sima, du fait qu’il a été profondément marqué, vers 1925, par une expérience sensorielle vécue comme un événement déterminant dans sa pratique de la peinture : la vision de la foudre par une nuit d’orage.
Dès lors, mis à part quelques portraits de proches, c’est dans le motif du paysage –celui de sa Bohème natale- qu’il trouve l’essentiel de son inspiration caractérisée par la simplicité, la pureté et parfois l’étrangeté de ses œuvres lumineuses.
Il arrive à Paris en 1921 après des études aux Beaux-Arts et à l’Ecole polytechnique de Prague, où il se rapproche du purisme d’Amédée Ozenfant et de Le Corbusier, entretient des échanges théoriques fructueux avec Piet Mondrian, côtoie les poètes, en particulier René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte. Avec ces derniers, il fonde, dans une même recherche spirituelle, le mouvement de Grand Jeu.
D’une peinture symbolique bâtie sur le rêve et l’imaginaire, il glisse peu à peu, après la guerre douloureusement vécue, vers une « matérialisation du temps et de l’espace à travers la lumière ».

Josef Sima 199x300 - Les rencontres entre deux peuples

(Oeuvre de Josef Šíma)