Fêtée le 30 septembre en l’honneur de Saint Jérôme, traducteur de la Bible, la Journée internationale de la traduction a été promulguée par l’ONU en 2017 dans le but de souligner « le rôle crucial des spécialistes des langues dans le rapprochement des nations et la promotion de la paix, de la compréhension et du développement« .

L’association ISM Interprétariat œuvre pour faire connaître et reconnaître le rôle crucial des traducteurs et interprètes, en particulier dans les services médicaux, sociaux et administratifs où sont reçues un grand nombre de personnes étrangères non francophones. Pour ces personnes, la traduction de leurs propos a un rôle majeur dans leur accès aux droits et leur intégration. Pour autant, tout est-il traduisible ?

Pendant tout le mois de septembre, nos interprètes et traducteurs ont réuni des termes dits « intraduisibles », c’est-à-dire n’ayant pas d’équivalent en langue française. A travers ces termes transparaît souvent une culture,  rappelant que la langue en est l’un des piliers et que les traducteurs et interprètes sont des passeurs de cultures bien plus que des passeurs de mots. En voici une sélection :

To eye
(anglais)
« Mesurer du regard (jalousie, méfiance, désir). »
Saudade
(portugais)
« Une sorte de sentiment nostalgique causé par le manque de quelqu’un, la distance d’un lieu, de son pays, d’un moment du passé. »
L’imbrunire
(italien)
« Le passage de la fin de la journée à la tombée de la nuit, qui dure moins d’une heure environ. »
Dor
(roumain)
« Sentiment complexe mêlant la nostalgie et la mélancolie, la douleur et la joie. Il exprime le souhait irrépressible et persistant de revoir quelque chose ou quelqu’un qui nous est cher ou de revivre des situations plaisantes. »
Na’ïman ( نعيماً )
(arabe)
Ce terme signifie en quelque sorte « Félicitations pour la propreté ».
Ala ra’ssi ( على رأسي )
(arabe)
Ce mot est employé lorsqu’une personne vous demande de lui rendre un service, et que vous lui répondez en manifestant votre affection, parce que vous le ferez avec plaisir, sans vous fatiguer et sans rien attendre en retour.
Kanin
(tagalog)
« Riz cuit. »
Al- Tarab ( الطرب )
(arabe)
« L’extase et l’enchantement induits par la musique. »
Al- Samar (السمر )
(arabe)
« Avoir des conversations familiales ou amicales pendant une bonne partie de la soirée. »
Toska
(russe)
Dans son sens le plus profond et le plus douloureux, c’est une sensation de grande angoisse spirituelle, souvent sans cause spécifique. À des niveaux moins morbides, c’est une douleur sourde de l’âme, un désir quand il n’y a rien à désirer, une envie ardente maladive, une agitation confuse, une agonie mentale, un languissement.
Pasalubong
(tagalog)
« Cadeau de voyage pouvant consister en des souvenirs, des spécialités ou des produits d’origines de l’endroit où l’on vient d’être. »

 

Loin de remettre en question le bien-fondé de la traduction, ces quelques exemples d' »intraduisibles » mettent en relief l’importance de faire appel à des traducteurs et interprètes ayant non seulement d’excellentes connaissances linguistiques dans la langue dite « source » comme dans la langue dite « cible », mais aussi un solide bagage culturel. Ceux qui disposent d’une formation et d’une expérience sont habitués à faire l’exercice mental qui consiste à rapidement passer de l’une à l’autre en mobilisant ces connaissances.

Ces exemples permettent aussi de mieux comprendre pourquoi une traduction peut paraître beaucoup plus longue que le propos traduit…!