L’interprétariat en milieu social

L’association ISM Interprétariat est reconnue comme fondatrice de l’interprétariat en milieu social. Elle a contribué à en définir les contours et les exigences, et continue à œuvrer pour faire connaître et reconnaître ce domaine spécifique de l’interprétariat.

L’interprétariat de la vie courante et de l’intégration dans la société.

On parle d’interprétariat en milieu social dans tous les contextes suivants, dans lesquels il est vital de se faire comprendre et d’être compris :

  • A l’hôpital, au centre de santé, au service social, à l’école, auprès des pompiers ou de la Police aux Frontières…
  • Dans l’organisation sociale : santé, logement, travail, éducation…
  • Aux moments sensibles de l’existence : la naissance, la maladie, la souffrance, l’exil…

Il s’agit donc d’un « outil » de communication pour la non discrimination et l’égalité des chances dans la vie quotidienne.

Évolution et adaptabilité

De tous temps, les hommes ont eu recours à des interprètes pour dépasser la barrière de la langue.

Lorsque des peuplades, des cités ou des nations cherchent à cohabiter pour vivre en paix, l’interprétariat revêt un caractère « diplomatique ». Lorsque des individus ou des entreprises veulent commercer, il présente un caractère « commercial ». Au XXème siècle, avec la naissance des organisations internationales, naît l’interprétariat « de conférence ». Dans les cours de Justice, à la suite du procès de Nuremberg en 1945, on voit apparaître progressivement l’interprétariat « judiciaire ». Et dans les années 70, l’interprète devient même « guide-interprète » pour accompagner le développement du tourisme.

Autant d’interprétariats aux spécificités propres dans la forme et dans le style, permettant de faire face à une barrière linguistique dans un contexte déterminé, pour que la parole traduite conserve son sens.

L’interprétariat en milieu social a vu le jour plus récemment et s’affirme progressivement dans la société.

L’interprétariat dans la cité

Ces dernières décennies, du fait de mouvements migratoires importants liés à des motifs économiques ou politiques, l’interprétariat est devenu indispensable dans un nouveau contexte, qui est celui de l’intégration et de la vie en société : un contexte « social ».

Les services publics, qui jalonnent de repères la vie du citoyen et structurent son espace social, peuvent désormais y avoir recours. A l’hôpital, au centre de santé, à la mairie, à l’école… un interprète est nécessaire dès qu’une situation de communication entre deux personnes parlant deux langues différentes se présente.

Une relation inégale

Le plus souvent, en milieu social, les deux partenaires en présence ne sont pas sur un pied d’égalité. D’un côté, un professionnel (fonctionnaire, médecin, assistant social…) qui détient l’information, le savoir, l’autorité, le pouvoir, et de l’autre, une personne en situation de demande qui, non seulement ne maîtrise pas la langue ou les particularités du pays, mais, qui plus est, peut se trouver fragilisée par la maladie, l’absence de statut, le manque de ressources…

Par sa présence et son travail, l’interprète offre une plus grande autonomie à la personne non francophone et réduit ainsi l’inégalité de rapport. Il évolue dans un champ de situations complexes et fortement émotionnelles, où derrière les mots peuvent se cacher la méfiance et l’incompréhension, voire le racisme.

De la « simple » traduction au dialogue à 3

On mesure là les subtilités d’un interprétariat qui ne peut être pratiqué à l’identique selon les lieux (service social ou commissariat), les situations (prévention ou urgence) ou les personnes (intellectuel ou analphabète). Pour que le message puisse être traduit de manière fidèle, dans le respect des partenaires en présence, il nécessite l’utilisation de formes appropriées (traduction stricte, explicative ou résumée) dans le défi permanent d’une juste distance à trouver.

En France

A l’instar d’ISM Interprétariat à Paris, d’autres organisations sont actives dans l’interprétariat en milieu social, alimentant la réflexion et la recherche dans leur secteur ou leur région, notamment à Lyon, Grenoble, Strasbourg, Toulouse…

En Europe

Si la France a été parmi les précurseurs dès les années 70 dans la pratique de cet interprétariat, un certain nombre de pays anglo-saxons sont, depuis lors, allés beaucoup plus loin dans sa formalisation et sa reconnaissance professionnelle.

Il est de même de certains pays francophones telle que la Suisse, qui donne l’exemple en validant désormais par un diplôme fédéral un cycle de formations spécifiques.

Le premier colloque européen sur le sujet s’est tenu à Strasbourg en 1995 à l’initiative d’ISM Interprétariat, avec le soutien de la Commission européenne, rassemblant vingt-huit organisations venant de quatorze pays de l’Union. Une synthèse présentée en 1998 fait apparaître des pratiques contrastées, marquées par l’histoire et la sensibilité des différents peuples.

Depuis, des services d’interprétariat en milieu social, actifs dans leurs pays respectifs, se rencontrent pour partager leur expérience et leur recherche, comme à Vienne en Autriche en 2000 autour de l’association Babelea.

Une réalité mondiale

Qu’il soit appelé « de contact » en Suède, « de conversation » au Pays-Bas, « culturel » au Canada ou « communautaire » en Grande-Bretagne (« community interpreting »), il devient l’interprétariat de la vie dans les sociétés modernes, touchées qu’elles le veuillent ou non par la mobilité des personnes.

Tous les trois ans, depuis 1995, se tient une conférence internationale sur l’interprétariat en milieu social : successivement au Canada, puis en Suède et en Australie. La dernière rencontre a eu lieu au Royaume-Uni, à Birmingham, en juillet 2010.

Les pouvoirs publics reconnaissent la nécessité de faire appel à des interprètes professionnels et formés aux spécificités de l’interprétariat en milieu social, et  recommandent d’y avoir recours.

« Les malentendus interculturels se paient cher : en temps, à la fois celui du patient et celui du personnel de santé, en souffrance supplémentaire inutile du patient, en dépenses superflues résultant d’un diagnostic erroné ou d’un traitement inadéquat » (Rapport du Conseil de l’Europe sur les relations interculturelles).

La charte du patient hospitalisé conseille aux établissements de « prendre les mesures de nature à tenir compte des difficultés de compréhension et de communication des patients et de leurs mandataires. A l’égard des difficultés de nature linguistique, le recours à des interprètes dans les actions d’accompagnement des populations immigrées sera recherchée ».