En Géorgie, les cadeaux sont échangés le 31 décembre, lors du Nouvel an “des jeunes” avec feux d’artifice et repas au restaurant. Cela nous évite de patienter encore une semaine, jusqu’à Noël, le 6 janvier, qui est une fête religieuse et spirituelle.

Pendant ces fêtes d’hiver, un attribut obligatoire de la table est “gozinaki” : un mélange de noix grillées avec du miel.
Le “gozinaki” a été inventé par un moine qui n’avait pas d’autre ingrédients pour le réveillon et qui était encore en période de carême, ce qui lui rendait interdit l’usage de tout produit contenant une trace animalière.
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“Gozinaki” : un mélange de noix grillées avec du miel.

Le décalage de 13 jours entre le nouveau et l’ancien calendrier fait que le Noël orthodoxe est fêté le 6 janvier au soir lors d’une messe nocturne interminable (se concluant vers 5-6h du matin). Les fidèles et ceux qui ont fait le carême passent la nuit à l’église en attendant la bénédiction divine auprès d’un prêtre (Mamao) après avoir fait leur confession et leur communion.
Ceux qui n’ont pas fait de carême vont quand même à l’église, pour allumer des cierges, écouter un peu la messe, saluer le monde et rentrer après minuit à la maison où on laisse un cierge allumé devant la fenêtre afin d’y inviter Dieu. C’était une tradition perdue pendant le régime soviétique, mais restituée il y a quelques années par le patriarche actuel. Pour la table de Noël, on fait un plat bien traditionnel – dinde ou coq au curry (noix pillées et assaisonnées, cuites à feu doux) nommé “satsivi“. Bien sûr, ce n’est pas tout, la table doit être abondante à chaque occasion, d’une façon que l’on ne puisse pas remarquer la couleur de la nappe.
A côté du célèbre sapin, on met toujours un arbre de Noël traditionnel, “tshitshilaki“, fabriqué à partir d’une branche de noisette, qu’on lime pour en obtenir des boucles en copeaux.
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Le “tshitshilaki” est fabriqué à partir d’une branche de noisette, qu’on lime pour en obtenir des boucles en copeaux.

Ainsi commencent les festivités, suivies de visites spontanées ou organisées chez les proches et chez les voisins afin de leur souhaiter bonne fête et de profiter de l’occasion de se revoir.

Dans la même période, on se prépare – surtout dans les villages – pour le 13 janvier. C’est le jour du second réveillon, appelé aussi “le vrai nouvel an”. La préparation commence le soir. Au moyen de la pâte de pain, chaque membre de famille doit fabriquer ses vœux. Donc à vous de jouer pour donner la forme à votre souhait.

Avec la même pâte, on fabrique une grappe et un anneau qui symbolisent une corne de bête. Je ne cite plus le nombre de plats et de friandises qui sont destinés à ce jour. On met un peu de tous les plats ainsi que “les souhaits” cuits au four dans un grand récipient. On y rajoute un miroir (reflet), du riz cru (la prospérité), un œuf cru (l’univers), du coton (la vertu) et des pièces de monnaie enfoncées en forme de croix dans une pomme.

Le lendemain – le 14 janvier – au petit matin, le père de famille prépare une carafe de vin et un petit panier avec la grappe et la corne en pain. Accompagné de sa femme, ils procèdent à un tour du jardin, l’homme va saluer son terroir et souhaiter une bonne année à ses vignes. Il prononce un discours dans lequel il fait la promesse qu’il s’occupera bien de son terroir tout en attendant à l’automne une bonne récolte de sa part. Pareil pour les bêtes : les vaches et les bœufs reçoivent aussi les meilleurs vœux de leur patron. Une fois le tour terminé, l’homme frappe à la porte et demande à entrer. Une personne de l’intérieur lui fait réciter ce qui s’est  passé dans le jardin et le laisse entrer.

Toute la famille se réunit autour du récipient géant, rempli de “souhaits” cuits ainsi que d’autres gourmandises, et commence à le tourner dans le sens des aiguilles d’une montre en expriment les vœux. Après cela on peut manger, boire et s’amuser.

La cérémonie continue le 15 janvier. Considéré comme un jour du destin, on pense que la façon dont on va passer cette journée définira le reste de l’année. Il est très important que la première personne venue ce jour-là de l’extérieur ne soit pas une personne au hasard mais bien choisie. Elle est soigneusement sélectionnée et désignée sur son poste pour quatre ans. Ce qui veut dire que chaque an durant sa mission, la personne en question (mekvlé) se prépare pour venir le 15 janvier au petit matin chez cette famille apporter friandises et meilleurs vœux, tout en s’assurant d’entrer du pied droit dans la maison et d’arriver avant les autres éventuels visiteurs.

Un texte écrit par notre collègue Tamari Panchulidze-Beyaert, interprète en géorgien.