En ÉthiopieNoël, appelé Genna ou Lidet (naissance), est célébré le 7 janvier. Pourquoi cette date ? Parce que l’Éthiopie fait partie des quelques pays qui ont conservé le calendrier julien. La plupart des pays du monde suivent le calendrier grégorien fixé en 1582 par le Pape Grégoire XIII en remplacement du calendrier julien, en retard sur le cycle astronomique des saisons depuis son adoption en 45 avant J.-C. par Jules César.
L’année éthiopienne débute le 11 septembre et compte 365 jours : 12 mois de 30 jours et un mois de 5 jours (pouagmé). Durant ce mois de transition, il est de coutume d’aller se purifier à la rivière avant de rentrer dans la nouvelle année. D’où le slogan touristique national : « Éthiopie : 13 mois de soleil ! ». Le calendrier éthiopien est en retard de 8 ans (du 1er janvier au 10 septembre) ou de 7 ans (du 11 septembre au 31 décembre) par rapport au calendrier international. Ainsi, nous sommes actuellement en 2012.
Il faut comprendre que pour un ressortissant éthiopien débarquant en Occident, s’adapter au calendrier européen est une question de survie. C’est le cas notamment pour les primo-arrivants en procédure d’asile, qui doivent se raconter en s’inscrivant dans le temps occidental : cela n’a rien de naturel et peut même générer des confusions. En vous adressant à un(e) Éthiopien(ne), pour dissiper tout malentendu, il vous faudra savoir dans quel calendrier il(elle) s’exprime. Mais il vous faudra également veiller à l’heure et vérifier s’il s’agit de l’heure éthiopienne ou internationale (nous y reviendrons un peu plus tard).
Le Nouvel An éthiopien est donc fêté le Meskerem 1 qui correspond au 11 Septembre. Cela marque la fin de la saison des pluies et l’arrivée du printemps. Les collines vont se vêtir de cette fleur à la couleur d’un jaune chatoyant que l’on appelle ‘Adey Abeba‘. Tout un chacun va pouvoir souhaiter un ‘Melkam Enkutatach‘ en guise de bonne année, signifiant « cadeaux de bijoux » en référence à un récit millénaire éthiopien concernant la visite de la reine de Saba au roi Salomon. Elle lui avait apporté de nombreux cadeaux et à son retour elle avait rapporté des bijoux ‘Enku’ pour garnir son trésor.
Pour Noël, les croyants observent le jeûne durant les quarante jours qui précèdent la fête. Cela consiste en un repas par jour, en excluant le poisson, la viande, les œufs, ainsi que le laitage. Ils ne rompent le jeûne que la veille de Noël en se rendant à l’église. Le jour de la fête, ils vont partager un repas où les enfants apportent du pain à leurs parents, lesquels leur rendent par une bénédiction ou un cadeau simple.
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Pendant les festivités de Noël se pratique un jeu, semblable à du hockey sur gazon que l’on appelle le Genna (Noël en amharique).

Pendant les festivités de Noël se pratique un jeu, semblable à du hockey sur gazon (voir ci-dessus) que l’on appelle le Genna (Noël en amharique). Selon la légende, c’est à ce jeu que jouaient les bergers de Nazareth lors de l’annonce de la naissance du Christ.

En Éthiopie, il n’y a pas d’arbre de Noël, cette tradition étant héritée des anciens cultes païens occidentaux, et reprise par les Églises d’Occident. Cependant, dans les grandes villes, comme Addis Abäba la capitale, l’arbre de Noël commence petit à petit à faire son apparition. Dans certaines familles occidentalisées des milieux urbains, il est fréquent d’avoir un sapin de Noël.

Le christianisme a été introduit au 4e siècle en Éthiopie, ce qui en fait la deuxième nation chrétienne la plus ancienne de l’histoire, après l’Arménie (en l’an 301). Cela a permis l’élaboration d’une chrétienté typiquement éthiopienne, qui verra se développer toute une liturgie et un art traditionnel particulier. C’est notamment le cas de la représentation des figures religieuses, comme Jésus, Marie et des saints, qui sont des Noirs, tout comme les Éthiopiens eux-mêmes

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Dyptique sur la Vierge et son fils accompagnés d’archanges et de saints, peintre éthiopien disciple de Fre Seyon, fin du XVe siècle, tempera sur bois.

Parlons, enfin, de l’heure éthiopienne. La lecture de l’heure éthiopienne est sans doute unique au monde. La journée de 24 heures (classique) est divisée en deux fois 12 heures (jour et nuit), ce qui est assez logique dans un pays situé entre les tropiques du Cancer et l’équateur, où jour et nuit sont quasi d’égale durée. Rien de particulier jusque là donc, mais… l’heure est comptée à partir du lever du jour et l’heure zéro d’une horloge éthiopienne correspond à 6 heures du matin et 18 heures. Ainsi quand un Éthiopien vous fixe rendez-vous à 3 heures (à sa montre), il vous attendra à 9 heures (à la vôtre)…

Sur ce, Melkam Gena (Joyeux Noël) !
Un texte écrit par notre collègue Samson Giorgis, interprète en amharique, tigrigna et anglais.