Les Albanais, l’une des plus anciennes populations des Balkans, vivent essentiellement en Albanie, au Kosovo, en Macédoine du Nord et au Monténégro.
Deux périodes de l’histoire continuent à marquer les Albanais, plus particulièrement ceux d’Albanie : les cinq siècles de l’occupation ottomane (du XIVe au XIXe) et les cinquante années de social-communisme (deuxième moitié du XXe siècle). D’ailleurs, ce dernier s’est beaucoup inspiré des tendances bolcheviques, notamment en matière de religion au point que la pratique de celle-ci fut officiellement interdite en 1967, et ce jusqu’en 1991, l’année de l’avènement de la démocratie. Ces deux aspects ont conditionné dans une certaine mesure les traditions albanaises de fin d’année, car la symbolique chrétienne a été depuis sommairement remplacée par des traditions dites laïques où le Père Noël devient le Vieil homme du Nouvel An et le sapin de Noël l’Arbre du Nouvel An.
En dehors des familles catholiques et orthodoxes qui respectent la tradition de près, pour les Albanais des villes, Noël est  une occasion de faire la fête, comme les autres. La fête du Nouvel An est cependant un moment privilégié sur le plan national, marqué par une aura festive avant, pendant et après le passage du Nouvel An, à travers des décorations collectives et individuelles, des courses frénétiques et des cadeaux rares. Dindes et rôtis, bureks et feuilletées, hors-d’oeuvre variés et salades à profusion, feta et autres variétés de fromages peu communs, de succulents baklavas et tartes faits main, fruits secs et agrumes à volonté, raki de raisin et de prunes, bières et vins, de nombreux pétillants et du champagne, sont les ingrédients nécessaires pour remplir de très belles tables, couvertes de vivres et de victuailles.
Cette abondance, signe de bien-être et de bonne augure pour le passage vers la nouvelle année, permet de recevoir, surtout les lendemains de repas souvent bien arrosés, de la famille proche pour poursuivre les festivités ainsi que des visites spontanées de parents et autres cousins. Au sein des grandes familles, il n’est pas rare de revoir de belles attablées de repas de Nouvel An se renouveler chez les uns et les autres jusqu’au 3 janvier, surtout que de nombreux Albanais qui se sont installés à l’étranger, rejoignent leurs familles à l’occasion des fêtes de fin d’année. Cependant, depuis plusieurs années, les jeunes ont tendance à « fuir » ces repas traditionnels et familiaux pour se retrouver dans des restaurants chics pour danser, boire et manger jusqu’au petit matin.
Les centres-villes reluisent de lumières et autres luminaires, ressemblant de plus en plus à l’ambiance des grandes villes du monde. Le moment privilégié de ces dernières années, en dehors des marchés nocturnes et d’imposants arbres richement décorés, reste le feu d’artifice ou plutôt les feux d’artifice individuels qui illuminent le ciel de mille feux et couleurs.
Depuis que les Albanais sont dispensés de visas pour se déplacer en Europe, la tendance est soit de rejoindre de la famille à l’étranger, soit des fêtes organisées par la diaspora, ailleurs, dans des grandes villes, en bord de mer ou à la montagne. Tirana et la côte albanaise deviennent de plus en plus des lieux de destination privilégiés pour de nombreux touristes désireux de passer les fêtes de fin d’année de façon originale.
NB : Les fêtes de cette année sont empreintes d’un goût amer pour une bonne partie de la population, car le tremblement de terre du 26 novembre dernier ainsi que ses 2 000 secousses quasi quotidiennes ont quelque peu émoussé la belle atmosphère habituelle, mais on peut compter sur le formidable regain de solidarité et d’hospitalité caractérisant ce peuple pour se reconstruire surtout qu’au-delà des liens familiaux et de voisinage, de nombreux restaurateurs et hôteliers offrent le gîte et le couvert.
Gëzuar Festat! (Joyeuses fêtes!)
Gëzuar Krishtlindjet! (Joyeux Noël!)
Gëzuar Vitin e Ri! (Bonne année!)
Un texte écrit par notre collègue, Jean-Agron Hascout, interprète en albanais.